Le mat d’Anastasia est un motif de mat où un cavalier et une tour (ou une dame) piègent le roi adverse sur le bord de l’échiquier. Le cavalier contrôle les cases par lesquelles le roi pourrait s’échapper, pendant que la tour balaie la colonne ou la rangée pour donner l’échec final. Coincé entre le bord du plateau et ses propres pièces, le roi ne peut ni bouger ni se couvrir.

Le nom vient d’un roman de 1803, Anastasia und das Schachspiel de Johann Jakob Wilhelm Heinse, où ce motif de mat est décrit pour la première fois.

Le motif : le cavalier verrouille, la tour tranche

Le roi noir est acculé en h7, coincé contre le bord par son propre pion en g7. Le cavalier blanc, posté en e7, contrôle g8 et g6 : les deux seules cases où le roi aurait pu chercher refuge. Il ne reste plus qu’à amener la tour sur la colonne h pour donner l’échec et mat.

1.Th1#. Le cavalier e7 verrouille g6 et g8, le pion g7 bloque sa propre fuite : la tour mate sur la colonne h.

C’est la mécanique classique du mat d’Anastasia : une pièce mineure ferme les cases proches du roi, une pièce à longue portée referme le piège depuis loin. Le motif fonctionne aussi bien avec une dame qu’avec une tour, et aussi bien sur une colonne que sur une rangée.

Comment il apparaît en partie

Ce motif surgit typiquement après un sacrifice sur h7 ou h2, la case fragile devant un roi qui a roqué court. Un cavalier atterrit en e7 (ou e2 pour les Noirs) avec échec, le roi est repoussé sur la colonne h, son propre pion g bloque déjà sa retraite, et il suffit d’amener une tour ou une dame libre sur cette colonne pour conclure. Le sacrifice initial, souvent un fou ou un cavalier qui s’immole sur h7, n’a de sens que si tu as déjà vérifié que ce mat final fonctionne.

Le piège classique pour l’attaquant : oublier de vérifier que la colonne h (ou la rangée) est bien libre jusqu’à la tour. Une pièce adverse posée entre les deux, et tout le sacrifice s’effondre.

Dans la plupart des ouvertures, ce genre de sacrifice sur h7 ne devient rentable que si le roi noir a déjà affaibli son propre roque, par exemple en jouant …h6 ou …g6 sans surveiller les cases voisines.

Questions fréquentes

Le mat d’Anastasia marche-t-il aussi avec une dame ?

Oui, le motif est identique avec une dame à la place de la tour : elle balaie la colonne ou la rangée tout aussi bien. Comme la tour, elle mate depuis n’importe quelle case libre de la colonne.

Quelle est la différence avec le mat de l’escalier ?

Le mat de l’escalier pousse le roi case par case le long du bord avec deux pièces qui alternent les échecs. Le mat d’Anastasia, lui, verrouille le roi en une seule fois grâce au cavalier, puis conclut d’un coup avec la pièce à longue portée : il n’y a pas de poursuite, juste un piège refermé.

Faut-il toujours un pion pour bloquer la case de fuite ?

Pas nécessairement un pion : n’importe quelle pièce du camp attaqué peut jouer ce rôle, du moment qu’elle bouche la case que le cavalier ne contrôle pas. Dans l’exemple classique, c’est souvent le propre pion g du roi roqué qui referme le piège.