Le mat de Boden est un motif de matdeux fous croisent leurs diagonales sur le roi adverse. La victime type : un roi qui a fait le grand roque et qui se retrouve enfermé par sa propre tour en d8 et son propre pion en d7. Un fou donne l’échec, l’autre coupe toutes les cases de fuite : le roi est pris en ciseaux.

Le motif doit son nom à Samuel Boden, qui l’a exécuté dans une partie jouée à Londres en 1853. En anglais, on le surnomme parfois « criss-cross mate », le mat en croix.

Le motif : deux fous en croix

Tout repose sur la géométrie. Le roi noir est en c8 après le grand roque. Un fou blanc arrive en a6 et donne échec sur la diagonale a6-c8. L’autre fou, posté sur la diagonale h2-b8, contrôle à distance les cases b8 et c7. Il ne reste rien : d8 et d7 sont occupées par les propres pièces des Noirs.

1.Fa6#. Le fou donne échec sur la diagonale a6-c8, l'autre contrôle b8 et c7 depuis f4. Tour d8 et pion d7 bloquent la fuite : mat.

C’est la signature du mat de Boden : les pièces qui condamnent le roi sont en partie les siennes. La tour en d8, censée le protéger, lui vole sa seule case de fuite.

Le sacrifice qui ouvre la diagonale

En partie réelle, la position du diagramme n’arrive presque jamais toute seule : le pion b7 protège la case b7 et bouche la diagonale. Le mat de Boden est donc presque toujours précédé d’un sacrifice de dame en c6 : Dxc6+ !, le pion b7 est forcé de reprendre (bxc6), la diagonale f1-a6 s’ouvre, et Fa6 fait mat.

L’exemple le plus célèbre est l’« Immortelle péruvienne » d’Esteban Canal (Budapest, 1934), conclue exactement par ce sacrifice de dame suivi du mat des deux fous. Le schéma complet à retenir : un fou vise déjà b8-c7, la dame se jette en c6, et le second fou conclut en a6.

Comment le reconnaître et s’en défendre

Si tu as fait le grand roque, trois signaux doivent t’alerter. Un fou adverse actif sur la diagonale h2-b8 (souvent depuis f4 ou g3). Une dame ou un fou qui lorgne vers a6 et c6. Et surtout tes propres pièces qui bouchent d8 et d7, sans aucune case libre pour le roi.

Les parades sont simples si tu t’y prends tôt : garde le pion b7 solidement défendu, méfie-toi de toute pièce qui peut se sacrifier en c6, et donne de l’air à ton roi (un pas de côté en b8, ou une case libre en d7). Face à un sacrifice sur c6, vérifie toujours ce qui se passe après la reprise forcée : si un fou peut surgir en a6, refuse le cadeau quand c’est possible.

Questions fréquentes

D’où vient le nom « mat de Boden » ?

Du joueur anglais Samuel Boden, qui a conclu par ce motif une partie contre Schulder à Londres en 1853. Le schéma existait avant lui, mais sa partie l’a rendu célèbre et le nom est resté. On croise aussi le surnom anglais « criss-cross mate », qui décrit bien les deux diagonales croisées.

Le mat de Boden existe-t-il contre le petit roque ?

Le motif type vise un roi qui a roqué long, car c’est là que la tour en d8 et le pion d7 forment la cage idéale. Des mats à deux fous croisés existent aussi contre un roi en g8, mais on les classe rarement sous ce nom : ce qui définit le mat de Boden, c’est le roi en c8 enfermé par les siens.

Quel est le sacrifice typique qui amène ce mat ?

Le sacrifice de dame en c6 (ou en c3 quand ce sont les Blancs qui ont roqué long). Il force le pion b à reprendre, ce qui ouvre la diagonale du second fou. Avant de jouer ce genre de coup, vérifie deux choses : la reprise est bien forcée, et ton fou arrive bien en a6 (ou a3) avec échec et mat.