Garry Kasparov
Champion du monde de 1985 à 2000, numéro un mondial pendant 255 mois et adversaire de Deep Blue : le parcours, le style et les ouvertures de Garry Kasparov.
- Naissance
- 13 avril 1963
- Pays
- Russie
- Champion du monde
- 1985-2000
- Elo maximum
- 2851 (1999)
On retient souvent de Kasparov qu’il a perdu contre une machine. C’est dommage, parce que le vrai sujet est ailleurs : il est le premier joueur à avoir traité la préparation d’ouverture comme un travail de laboratoire, et il a régné vingt ans avec cette méthode.
De Bakou au sommet
Garik Weinstein naît à Bakou, en république soviétique d’Azerbaïdjan, le 13 avril 1963. Il prend le nom de sa mère, Kasparova, russifié en Kasparov, après la mort de son père. À dix ans, il entre à l’école de Mikhaïl Botvinnik. Le vieux champion résume sa première impression d’un garçon de onze ans : « Sa vitesse et sa mémoire sont stupéfiantes. Il calcule des variantes profondes et trouve des coups inattendus. »
Grand maître en 1980. Le match pour le titre mondial contre Anatoli Karpov, en 1984-1985, est interrompu après quarante-huit parties sans vainqueur, alors que Karpov mène. Le second match, la même année, donne Kasparov vainqueur 13-11. Il a vingt-deux ans, et il est le plus jeune champion du monde incontesté de l’histoire — un record qui tiendra jusqu’en 2024.
Il gardera le titre quinze ans, en tenant Karpov en échec trois fois encore : deux victoires et un nul arraché dans l’ultime partie de Séville 1987. En 1993, il refuse les conditions de la FIDE avec son challenger Nigel Short et fonde une fédération concurrente, la PCA. Le titre se scinde en deux pour treize ans. Kasparov le perd en 2000 face à Vladimir Kramnik, 8½-6½, sans gagner une seule partie du match. Il quitte la compétition en mars 2005, après avoir gagné Linares une dernière fois.
Son classement maximum, 2851 points en juillet 1999, est resté le record mondial jusqu’à Carlsen en 2013. Il a passé 255 mois à la première place.
Deep Blue, et ce qu’on en raconte mal
En février 1996, à Philadelphie, il bat l’ordinateur d’IBM 4-2. En mai 1997, à New York, il perd la revanche 3½-2½. C’est la première fois qu’une machine bat un champion du monde en titre sur un match complet.
Ce qu’on raconte moins : dans la deuxième partie de 1997, il abandonne une position qui était nulle. Il ne le découvre que le lendemain matin, quand des amis lui montrent que 45…De3 forçait l’échec perpétuel. Il ne s’en remettra pas de tout le match. La légende de la machine invincible tient en partie à un joueur qui a craqué.
Un an plus tard, en juin 1998 à León, il invente les échecs avancés : humain plus moteur contre humain plus moteur. C’est l’ancêtre direct de la façon dont tout le monde travaille aujourd’hui. Il avait déjà rapporté un des premiers micro-ordinateurs occidentaux à Bakou, en 1983.
Son style : l’initiative avant le matériel
Kramnik, qui l’a battu, le décrit comme « un joueur sans véritable faiblesse ». Botvinnik comparait sa vision combinatoire à celle d’Alekhine. Kasparov lui-même cite Alekhine, Tal et Fischer comme ses influences.
Ce qui le caractérise vraiment, c’est la préparation. Là où ses rivaux connaissaient des lignes, lui les fabriquait, à l’avance, par écrit, avec une base de données. Frederic Friedel lui donne une copie de ChessBase en 1987 et il devient le premier joueur à industrialiser l’analyse assistée par ordinateur. Le grand maître Sergueï Chipov pointe le revers de la médaille : l’impulsivité et une confiance dans le calcul qui mène parfois au surmenage.
Ses ouvertures
Avec les Noirs, il a joué la défense sicilienne presque systématiquement contre 1.e4, d’abord la variante Scheveningen puis la Najdorf. Contre 1.d4, il commence par la défense est-indienne avant de dériver vers la Grünfeld et la défense nimzo-indienne dans la seconde moitié de sa carrière.
Avec les Blancs, son apport le plus spectaculaire est d’avoir ressuscité la partie écossaise. Une ouverture du XIXe siècle jugée démodée, qu’il ressort contre Karpov en 1990, puis contre Short et contre Anand. Elle n’était pas meilleure que la théorie à la mode : elle était simplement inconnue de ses adversaires. Il a aussi donné son nom à une variante de la défense ouest-indienne, et il jouait volontiers le gambit dame.
Deux positions pour le comprendre
Le cavalier pieuvre
Moscou, 1985, seizième partie du match pour le titre. Kasparov a les Noirs contre Karpov. Il a sacrifié un pion à l’ouverture pour installer un cavalier en d3.
Le cavalier paralyse toutes les pièces lourdes de Karpov. Il ne peut être ni pris ni chassé, et il y reste dix-huit coups. Karpov finit par sacrifier sa dame pour s’en débarrasser, trop tard. Le terme de cavalier pieuvre vient de cette partie.
L’Immortelle
Wijk aan Zee, janvier 1999, contre Veselin Topalov. Au vingt-quatrième coup, Kasparov donne sa tour.
Le roi noir part de a7 et échoue en e1, à l’autre bout de l’échiquier. Les moteurs modernes, eux, considèrent que 24…Rb6, au lieu de la prise, tenait mieux. La combinaison n’est donc pas parfaite. Elle reste l’une des plus belles jamais jouées par un humain sous pendule.
Ce que tu peux lui prendre
Prépare tes ouvertures par écrit. Kasparov ne connaissait pas plus de lignes que ses rivaux, il les avait travaillées à l’avance et notées. Un joueur de club qui documente ses trois ouvertures principales dans un fichier progresse plus vite que celui qui enchaîne des tactiques au hasard.
Ressortir une vieille ouverture est une stratégie valable. La partie écossaise n’était pas objectivement meilleure, elle était inconnue de l’adversaire. À ton niveau, un système secondaire bien travaillé bat une ouverture à la mode mal digérée.
Un cavalier posé sur une case qu’aucun pion adverse ne contrôle vaut souvent mieux qu’un pion d’avance. La seizième partie de 1985 le démontre pendant dix-huit coups.
C’est exactement ce que Prologue cherche à te transmettre : pas une liste de coups, mais l’intention derrière chaque coup, pour que ta préparation tienne encore quand l’adversaire quitte la ligne.
Questions fréquentes
Combien de temps Garry Kasparov a-t-il été champion du monde ?
Quinze ans, de 1985 à 2000. Il détenait le titre FIDE de 1985 à 1993, puis le titre classique de la PCA de 1993 à 2000, après la scission qu’il a provoquée avec Nigel Short. Vladimir Kramnik lui a pris le titre en 2000.
Kasparov a-t-il vraiment perdu contre Deep Blue ?
Oui, mais une fois seulement. Il a gagné le premier match en 1996 sur le score de 4-2 et perdu la revanche de 1997 sur le score de 3½-2½. Dans la deuxième partie de 1997, il a abandonné une position qui était en réalité nulle, ce qui l’a déstabilisé pour la suite du match.
Quel était le classement Elo maximum de Kasparov ?
2851 points, atteints au classement FIDE de juillet 1999 et conservés en janvier 2000. Ce record mondial a tenu jusqu’en 2013, quand Magnus Carlsen l’a dépassé. Kasparov est aussi resté 255 mois à la première place mondiale.
Quelles ouvertures jouait Garry Kasparov ?
Avec les Noirs, la défense sicilienne contre 1.e4, d’abord la Scheveningen puis la Najdorf, et la défense est-indienne puis la Grünfeld contre 1.d4. Avec les Blancs, il a remis la partie écossaise au goût du jour et développé une variante de la défense ouest-indienne qui porte son nom.