Bobby Fischer
Champion du monde en 1972 face à Spassky, inventeur du Chess960 et de la pendule à incrément : le parcours, le style et les ouvertures de Bobby Fischer.
- Naissance
- 9 mars 1943
- Décès
- 17 janvier 2008
- Pays
- États-Unis
- Champion du monde
- 1972-1975
- Elo maximum
- 2785 (1972)
Fischer a été champion du monde trois ans, et il n’a jamais défendu son titre. Ce que sa carrière laisse, ce n’est pas un palmarès long : c’est une année 1971-1972 tellement écrasante qu’on la commente encore, et deux inventions que tous les joueurs utilisent aujourd’hui sans le savoir.
L’ascension
Robert James Fischer naît à Chicago le 9 mars 1943. Il devient grand maître en 1958, à quinze ans, six mois et un jour : le plus jeune de l’histoire à l’époque. Il gagne huit fois le championnat des États-Unis, chaque fois avec au moins un point d’avance. En 1963-1964, il le remporte sur le score de 11 sur 11, le seul score parfait de l’histoire de la compétition.
Puis vient le cycle des candidats de 1971, qui reste sans équivalent. En quart de finale, il bat Mark Taïmanov 6-0. En demi-finale, Bent Larsen 6-0. Douze parties consécutives gagnées contre deux joueurs de l’élite mondiale, sans concéder une seule nulle. En finale, il élimine l’ancien champion Tigran Petrossian 6½-2½.
Le match de 1972 contre Boris Spassky, à Reykjavik, dépasse largement les échecs. On est en pleine guerre froide, et un Américain vient briser vingt-quatre ans de domination soviétique sur le titre. Le début est catastrophique : dans la première partie, Fischer joue 29…Fxh2 dans une finale nulle et perd son fou après 30.g3. Dans la deuxième, il refuse de se présenter à cause d’un litige sur les caméras de télévision, et perd par forfait. Il est mené 0-2. Il gagne le match 12½-8½.
Ensuite, plus rien. En 1975, il exige un changement de format que la FIDE refuse en partie, ne répond plus, et Karpov est déclaré champion du monde le 3 avril sans qu’une partie soit jouée. Fischer ne dispute aucune partie officielle entre 1972 et 1992. La revanche contre Spassky, organisée en Yougoslavie sous embargo de l’ONU, lui vaut un mandat d’arrêt américain. Il ne rentrera jamais aux États-Unis. L’Islande lui accorde la citoyenneté en 2005 ; il y meurt le 17 janvier 2008.
Son style : la clarté
Le compliment qui revient le plus souvent chez ses contemporains ne porte pas sur ses attaques. Alexander Kotov parlait d’une technique de finale sans faute. Mikhaïl Tal, à propos d’un tournoi entier : « Il n’a pas laissé un seul pion en prise ! » Youri Averbakh notait chez l’adolescent un sang-froid étonnant et une précision de calcul peu commune.
Fischer jouait vite, très vite, et sans presque jamais commettre de bévue. Sa préparation d’ouverture descendait à quinze ou vingt coups quand ses contemporains s’arrêtaient à dix. Il cherchait le coup que la position réclamait, pas celui qui aurait gêné l’adversaire. À la veille du match de 1972, à quelqu’un qui l’interrogeait sur la guerre des nerfs : « Je ne crois pas à la psychologie. Je crois aux bons coups. »
Ses ouvertures
Avec les Blancs, 1.e4, presque toujours. La formule qu’on lui attribue tient en trois mots : le meilleur à l’épreuve des faits. Contre 1…e5 il jouait la Partie espagnole, y compris la variante d’échange qu’il a remise à la mode à la fin des années 1960. Contre la Sicilienne, il a donné son nom à l’attaque Fischer-Sozin, avec le fou en c4.
Avec les Noirs, il est resté fidèle à la Najdorf de la défense sicilienne, y compris la variante du pion empoisonné, et à la défense est-indienne contre 1.d4.
Il a aussi laissé deux inventions. Les échecs aléatoires, annoncés en 1996, qui mélangent la position de départ pour sortir le jeu de la mémorisation, sont devenus le Chess960. Et la pendule à incrément, brevetée en 1989 et utilisée pour la première fois lors de son match de 1992 : chaque fois que tu joues une blitz en 3+2, tu utilises son brevet.
La partie du siècle
New York, 17 octobre 1956, tournoi Rosenwald. Fischer a treize ans et les Noirs contre Donald Byrne, un maître confirmé. Au dix-septième coup, il laisse sa dame en prise.
Byrne prend la dame. Fischer récupère du matériel avec une série d’échecs, puis mène une chasse au roi qui dure vingt-quatre coups de plus. Le mat tombe à la quarante et unième.
Hans Kmoch l’a baptisée la partie du siècle dans Chess Review. Détail révélateur : Fischer ne l’a pas incluse dans son propre livre, My 60 Memorable Games, où il a en revanche mis des nulles et des défaites. Il jugeait ses parties sur leur qualité, pas sur leur célébrité.
Ce que tu peux lui prendre
Un répertoire étroit et creusé bat un répertoire large et superficiel. Fischer jouait 1.e4 presque toujours, la Najdorf et l’est-indienne avec les Noirs. Il connaissait ses positions plus profondément que ses adversaires parce qu’il en avait moins à connaître.
Travaille tes finales. Ce qu’on louait le plus chez lui, c’était sa technique. C’est aussi la phase que les joueurs de club négligent le plus.
Ne laisse pas de pion en prise. La remarque de Tal sur un tournoi entier sans un seul pion en prise relève moins du génie que d’une norme d’exigence, et celle-là tu peux te l’appliquer dès ce soir.
Et la leçon la plus utile n’est pas technique : il a commencé le match de sa vie mené 0-2, dont un forfait, et il l’a gagné 12½-8½.
Questions fréquentes
Pourquoi Bobby Fischer a-t-il perdu son titre en 1975 ?
Il ne l’a pas perdu sur l’échiquier. Il exigeait un match au premier à dix victoires avec une clause conservant le titre au champion en cas d’égalité 9-9. La FIDE a accepté le format des dix victoires mais refusé la clause. Fischer n’a plus répondu et Anatoli Karpov a été déclaré champion du monde par forfait le 3 avril 1975.
Qu’est-ce que les échecs Fischer aléatoires ?
C’est une variante annoncée par Fischer en 1996, aujourd’hui appelée Chess960. Les pièces de la première rangée sont mélangées de façon aléatoire entre 960 positions de départ possibles, en conservant le droit de roquer et les fous de couleurs opposées. Son but était d’empêcher que les parties se jouent de mémoire dès l’ouverture.
Quel était le classement Elo de Bobby Fischer ?
Son maximum est de 2785 points, au classement FIDE de juillet 1972. Il devançait alors le deuxième mondial, Boris Spassky, de 125 points, un écart jamais revu depuis. Ce record a tenu jusqu’à ce que Garry Kasparov atteigne 2800 en janvier 1990.
Quelles ouvertures jouait Bobby Fischer ?
Avec les Blancs, 1.e4 presque exclusivement, avec la Partie espagnole contre 1…e5 et l’attaque Fischer-Sozin contre la Sicilienne. Avec les Noirs, la variante Najdorf de la défense sicilienne contre 1.e4 et la défense est-indienne contre 1.d4.